Le projet RISE a un mécène

header

L’entreprise EB CONCEPTION nous a accordé son aide pour le projet à raison de 1000 euros, dont 60% seront déductibles des impôts de l’entreprise.

EB conception est une entreprise d’Ebénisterie et de Menuiserie qui se situe à Saintes. L’entreprise fabrique et restaure des meubles de qualité et personnalisés dans le respect de la tradition. Ces réalisations sont fabriquées sur mesure, de style ancien ou de création contemporaine.

Pour visiter leur site internet :

http://www.ebconception.com/pr%C3%A9sentation-1/eb%C3%A9nisterie/

Nous remercions EB CONCEPTION pour leur confiance.

Publicités

Le dispositif départemental Projets-Jeunes

Le 21 janvier, le projet RISE a été présenté à la commission Projets-Jeunes à La Rochelle.

Ce dispositif permet d’accorder jusqu’à 1 000 euros à des jeunes, de 11 à 30 ans, qui se lancent dans un projet ayant une dimension d’intérêt général.

Il est co-financé par la Caisse d’Allocations Familiales et la Direction Départementale de la Cohésion Sociale.

Le Centre Départementale d’Information Jeunesse à La Rochelle permet d’accompagner les jeunes dans le montage du projet. Une commission est organisée tous les mois.

Après délibération du jury, le projet RISE s’est vu accorder une aide financière de 1000 euros!
MERCI POUR LEUR CONFIANCE

image9LKWQ1                                       

Bolivie : l’aspiration au changement

La Bolivie est une démocratie présidentielle avec un parlement bicaméral. A sa tête, le président Evo Morales exécute son 3ème mandat.

Evo Morales est issu d’une famille aymara de l’Altiplano bolivien, il est « cocalero » (producteur de coca), dirigeant syndical et chef du Mouvement vers le socialisme.

Evo Morales...Bolivia's President Evo Morales gestures during a press conference at the presidential palace in La Paz, Saturday, Jan. 24, 2009. Bolivians could approve, in a referendum on Sunday, a new constitution proposed by Morales and opposed by the a majority of the middle and upper classes.  (AP Photo/Juan Karita)

En décembre 2005, il remporte les élections présidentielles avec 53% des voix. Il est alors le premier président Amérindien du pays à s’affirmer en tant que tel et à relayer les revendications culturelles et sociales des populations indigènes. Il a séduit les Boliviens grâce à des objectifs ambitieux tels que la lutte contre la pauvreté, l’éradication de la corruption et l’intégration des peuples indigènes dans la société.

Dès le début de son premier mandat Evo Morales met en place différentes mesures pour atteindre ses objectifs, il contribue notamment à l’augmentation du PIB par habitant de 2.9% par an en moyenne, grâce notamment à l’augmentation du salaire minimum, et permet l’émergence d’une nouvelle classe moyenne. Il gagne progressivement l’opinion publique, ce qui lui permet d’être réélu triomphalement le 6 décembre 2009 avec 63% des voix.

Le 25 janvier 2009, les électeurs boliviens approuvent par référendum la nouvelle Constitution « socialiste et favorable aux indigènes » proposée par le président Evo Morales. Elle fait de la Bolivie un Etat plurinational, permettant à tous les peuples originaires d’être représentés à l’Assemblée législative et reconnaît 37 langues officielles.

b29_17740179

Le texte suprême fait de l’Etat bolivien l’acteur central. Avec cette révision constitutionnelle, Evo Morales s’inscrit dans l’idéologie politique de la gauche sud-américaine en suivant les pas de ses homologues vénézuélien Hugo Chavez et équatorien Rafael Correa.

Le laboratoire bolivien serait-il devenu celui des luttes sociales et anticapitalistes que promettent, un peu partout, les gauches de gouvernement ?          

L’affaire TIPNIS…     

Entre l’idéologie politique portée par la nouvelle Constitution et la réalité des enjeux économiques du pays, la Bolivie se trouve placée face à ses contradictions. Dans un des pays les plus pauvres d’Amérique du Sud, chacun doit choisir son camp entre un modèle classique, censé sortir de la pauvreté le plus grand nombre, et un modèle alternatif, fondé sur la recherche du « Vivre bien » dans le respect de l’environnement et contre la croissance à tout prix.

Le conflit du TIPNIS reflète cette contradiction entre son positionnement écologiste et de protection des droits indigènes et la réalité de sa politique nationale.

Entre août et octobre 2011, la Bolivie a connu un de ses plus graves conflits sociaux depuis la première élection d’Evo Morales (2005). Pour refuser la construction d’une route traversant leur territoire, des indigènes ont entamé une marche de protestation qui s’est transformée en un conflit d’ampleur nationale.

bolivieIndigenesTipnisPhotoLosTiempos_com01102011r472

C’est le 15 aout 2011 que des indigènes des basses terres boliviennes ont commencé une marche de protestation de 66 jours jusqu’à La Paz pour refuser la construction d’une route sur leur territoire dénommé le Tipnis. Ce territoire de 12 000 km2 bénéficie d’un double statut censé garantir sa préservation : c’est un territoire indigène et le parc naturel « Isiboro Sécure » depuis 1965. La décision du gouvernement d’Evo Morales d’y construire une route a été dès son origine très controversée. Et c’est à bout d’arguments et face au refus de négocier son tracé que les indigènes se sont résolus à entamer une marche de protestation jusqu’à La Paz.

Le 24 septembre 2011 à Yucumo, les 1 000 marcheurs sont arrêtés par les habitants de Yucumo qui organisent un barrage pour obliger les marcheurs à négocier avec le Gouvernement. Les marcheurs sont violemment réprimés par les policiers présents sur place. L’affrontement fait 1 mort et de nombreux blessés.

reprssion-2

Cet événement fait basculer l’opinion publique bolivienne du côté des marcheurs et marque une rupture entre le Gouvernement présidé par Evo Morales et ses alliés historiques : les organisations syndicales et indigènes. En effet le gouvernement d’Evo Morales porte une part de responsabilité dans la difficulté d’établir un dialogue pour éviter le conflit. Il n’y a pas eu de consultation préalable des représentants indigènes, bien que cela soit obligatoire depuis la constitution de 2009 pour toute décision les affectant.

La Bolivie, depuis l’élection d’Evo Morales en 2005, avait promu sur la scène internationale son processus de changement en le parant d’une double vertu : le respect des droits indigènes et celui de l’environnement. L’événement de Yucumo fait tomber le mythe de cette Bolivie en transition.

Nous avons rencontré Fernanda, une investigatrice spécialisée sur le thème de l’économie sociale et solidaire à La Paz qui nous expliquait que deux forces s’affrontent au sein du Gouvernement. Il y a le courant qui concentre des projets alternatifs et celui dont les projets sont plus conservateurs. Malheureusement, c’est la seconde force qui l’emporte sur les décisions politiques concrètes du Gouvernement et c’est celle qu’Evo appuie personnellement. En effet 60% des recettes de l’Etat proviennent de l’exportation des hydrocarbures, et les projets actuels du Gouvernement vont tous en ce sens : ouverture de l’agro-industrie et exploitations des hydrocarbures.

Fernanda, quelles sont les limites de cette stratégie politique ?

Les investissements du Gouvernement dans le secteur des hydrocarbures ont eu des conséquences sur d’autres secteurs. En effet le secteur de l’agriculture, celui qui crée le plus d’emploi en Bolivie, a vu ses ressources financières baisser. arton4060Aujourd’hui on assiste à de plus en plus de migrations vers les villes et de reconversions d’agriculteurs dans le secteur du commerce ou des transports. En conséquence, la production nationale paysanne a reculée et n’est plus suffisante. Le pays importe de plus en plus de fruits et légumes, produits pour lesquels ils ont toujours été auto suffisants. Les investissements du Gouvernement n’ont profités qu’au 2% d’emploi représentés par le secteur des hydrocarbures, qui n’ont cependant pas vu leurs conditions de travail s’améliorer.

On peut également se poser des questions sur la durabilité de cette stratégie, les réserves de gaz aillant considérablement diminuées au cours de ces 9 dernières années. La dépendance de cette activité envers la demande étrangère est également une préoccupation à prendre en compte.

Cependant, l’opinion publique est favorable à Evo Morales. Fernanda nous confit que le succès du président est directement lié à la croissance économique du pays, car comme nous l’avons montré précédemment, c’est la première fois dans l’histoire de la Bolivie que la situation économique s’arrange.

Elle ajoute également que malgré la contradiction entre ses discours et certaines décisions politiques « Evo Morales est un personnage symbolique, il représente l’inclusion ».

Qu’en est-il de l’économie sociale et solidaire ?

La Constitution Bolivienne reconnaît 4 formes d’économies :

  • L’économie privée
  • L’économie publique (de l’Etat)
  • L’économie communautaire
  • L’économie coopérative

Qu’est ce que l’économie communautaire ?

L’économie communautaire est considérée de différentes façons selon ses auteurs. Un des courants considère que c’est l’économie des peuples indigènes. 60% de la population totale bolivienne est issue d’un peuple originaire.

En Bolivie, la pluralité sociale politique et culturelle est du au faible développement de l’économie capitaliste sur le territoire. En milieu rural, les boliviens s’organisent en communautés territoriales dirigés par des gouvernements communaux auxquels sont affiliés les paysans et indigènes. Les deux missions principales de ces gouvernements sont la régulation des rapports du groupe et la représentation politique de la communauté auprès de l’Etat. Outre leur affiliation politique à ces gouvernements, les habitants sont membres d’organisations économiques (coopérative, syndicats, communautés agricoles) basés sur des initiatives de production familiale. Pour les règlements de compte, la justice communautaire règne. Elle a été reconnue par une loi en 2010, c’est un système judiciaire rapide et efficace, qui consiste à punir l’auteur d’un délit sans passer par une plainte au commissariat. La Communauté dans son ensemble décide du sort du coupable.

 

Comment l’ESS est-elle représentée ?

Il n’y a pas de reconnaissance de l’économie sociale et solidaire dans la Constitution. Seul un décret datant de 2010 a reconnu son existence. L’ESS est représenté par une association « Mouvement de l’ESS et du commerce équitable » à La Paz. Ils ne sont pas considérés par le Gouvernement, ils sont financés par des bailleurs internationaux et travaillent pour obtenir une reconnaissance juridique du secteur. Ils souhaiteraient avoir un Institut de l’ESS public, tel qu’il existe en Equateur.

De nouvelles réglementations relatives à l’économie plurielle ont vues le jour, en 2011 et 2013. Ces nouvelles lois apposaient deux conceptions de l’économie : l’économie communautaire représentée par les Organisations économiques communautaires (Oecom) et l’économie solidaire par les Organisations économique paysannes (Oecas). Bien que les deux organisations aient des intérêts économiques communs, elles ne parviennent pas à s’accorder sur les questions politiques. L’économie solidaire et communautaire est alors peu représentée.

 

Quelles initiatives d’économie solidaire ?

  • L’entreprise éco-sociale Flor de Leche

Pendant notre séjour à La Paz, nous avons eu la chance d’aller séjourner quelques jours dans la famille de Stanislas et Carolina, un couple Belgo-bolivien. Ce couple a fondé en 1998 l’entreprise Flor de Leche, dans la municipalité d’Achocalla à quelques heures de La Paz.

11227784_856084324479674_2558014754855036707_n

Cette entreprise, productrice de fromages et yaourts artisanaux et naturels, est loin d’être banale. Ils se donnent le statut d’entreprise « éco sociale », et c’est peu dire… Ils ont développé un concept innovant de gestion des salariés et des matières sortantes de l’usine de fabrication.

On s’explique !

Bien qu’on ne soit pas encore sur le marché du travail, on s’est vite rendu compte que la manière dont Stanislas et Carolina considérait leurs salariés était assez originale. Là bas, le mot d’ordre c’est « cohésion » et « développement », tout est fait pour que les salariés s’épanouissent… Ensemble et séparément.

Premièrement à l’arrivée au travail, les employés prennent le petit déjeuner ensemble préparé avec amour par la cuisinière qui travaille pour l’entreprise. Des produits frais et de saisons sont finement assemblés pour la santé et le plaisir des employés. Après une matinée de travail, le déjeuner les attend de la même façon : entrée, plat, dessert offerts par l’entreprise.

Tous les mardis après-midi, les employés sont conviés à participer à une heure de formation tenue par la « chargée de formation » ou à une heure de sport. Le mardi de notre venue c’était football ! Après une bonne journée de travail, voilà tous les salariés à courir après un ballon sur le terrain improvisé de l’entreprise. L’équipe « production » contre l’équipe « administration », en passant par la cuisinière qui tient les buts et les moins sportifs en supporters! Tout le monde y trouve sa place, la bonne humeur y règne, c’est un moment incroyable. Afin d’aller toujours plus loin dans la cohésion et le bien être des salariés, un voyage leur est proposé chaque fin d’année.

Pour responsabiliser ses salariés, Flor de Leche a également mit en place des « groupes d’amélioration » au sein de la structure pour chaque unité de l’entreprise (production, administration, affinement…). Ces groupes se réunissent une fois par semaine pour améliorer les procédés de production.

Vous l’aurez compris Flor de Leche accompagne ses salariés et tente d’augmenter son impact social, bien que leur plus grand challenge est de sensibiliser les salariés aux missions et valeurs de l’entreprise, souvent peu conscients de leur approche.

229d6b_81cad8aae9ce4b7ba2f1d29228f7bde2.jpg_srz_p_129_121_75_22_0.50_1.20_0.00_jpg_srzEn parallèle, l’entreprise est très impliquée sur le plan environnemental et travaille notamment à trouver et mettre en place des solutions innovantes pour le traitement de ses déchets.

Voilà un passage de l’article des porteuses du projet « FOOD SENSE TOUR America del Sur » qui décrivent l’engagement de Flor de Leche sur le plan environnemental.

« Flor de Leche a d’abord mis en place tout un système de traitement de ses déchets liquides (la part liquide contenue dans le lait, écartée lors du processus de fabrication du fromage). Le liquide est d’abord stocké afin d’équilibrer le Ph. Une partie est ensuite donnée aux éleveurs voisins afin de pouvoir nourrir leurs animaux. Une autre partie est traitée de façon naturelle, grâce au passage du liquide dans différents bassins contenant des grains de sable de calibres différents qui éliminent peu à peu tous les micro-organismes. L’eau récupérée est finalement utilisée pour arroser les cultures biologiques appartenant à la famille du fondateur de l’entreprise. Pour mettre en place ce système, des travaux ont été faits par des étudiants issus de l’université d’ingénierie avec laquelle FDL a un partenariat. Le tri des déchets solides est aussi instauré dans l’entreprise et un système de toilettes écologiques est en place. Les déchets organiques récupérés sont utilisés pour nourrir les animaux de la famille de Stanislas (déchets de fromage par exemple) ou pour faire du compost utilisé ensuite pour les cultures de la famille (déchets de toilettes sèches par exemple, transformés grâce à la lombriculture). Le but de l’entreprise est d’être auto-suffisante/auto-soutenable, et à terme de verser 10% de ses bénéfices à des projets d’entrepreneuriat social ou éducation locale. »

Marion, Maud et Hélène ont travaillé pendant 15 jours à Flor de Leche pour améliorer la communication de l’entreprise. Pour en savoir plus sur l’entreprise ou sur leur projet, voilà le lien de leur article : http://foodsensetourlatam.wix.com/food-sense-tour#!flor-de-leche/c1t73

  • « La Casa de los Ningunos »

ningunosPendant notre séjour à La Paz, nous avons eu la chance de rencontrer les habitants/fondateurs de la Casa de los Ningunos (« La maison qui n’appartient à personne ») et participer à certains de leurs événements. La Casa de los Ningunos est une colocation de 7 personnes qui promeut une alimentation responsable. Ils privilégient la nourriture issue de l’agriculture biologique et les produits artisanaux. Afin de sensibiliser leurs voisins, ils organisent tous les jeudis dans leur jardin un repas « responsable » essentiellement à base de fruits et légumes de saison, au prix de 3 euros par personne. Un cuisinier bénévole s’occupe d’assembler les aliments et tout le monde y est convié. Parmi leurs événements, ils organisent également tous les dimanches une foire écologique. C’est la première foire écologique de La Paz, elle rassemble une petite dizaine de producteurs bios et locaux. Afin de financer leurs activités, la « casa » met à disposition des logements pour les « voyageurs responsables », la nuit est au prix de 50 bolivianos (7euros) qu’ils proposent également au prix de 25 bolivianos (3.5 euros) pour les voyageurs qui souhaiteraient s’impliquer dans la vie de la maison et participer aux différentes tâches quotidiennes. Nous avons eu connaissance de la « casa » grâce à 3 françaises que nous avons rencontrées à La Paz par le biais de la communauté Makesense. Maud, Hélène et Marion réalisent le projet FOOD SENSE TOUR America del sur, un tour d’entrepreneurs sociaux en Amérique du Sud. Parmi leurs actions, elles organisent des Disco Soupe dans chaque pays qu’elles traversent. Disco Soupe est un mouvement né à Paris en mars 2012 qui œuvre pour la sensibilisation du grand public à la problématique du gaspillage alimentaire. Il s’agit d’aller récupérer des fruits et légumes au marché ou au supermarché qui ne sont plus vendables pour diverses raisons (fruits légumes très murs, abimés…), de les cuisiner en soupe, jus ou salade dans un endroit public puis de les distribuer gratuitement. Nous avons passé une partie de la semaine à La Paz avec elles et avons décidé de les aider à organiser la Disco Soupe bolivienne. 1422632_856080387813401_4548400189552591592_nCa se passait le dimanche, au moment de la foire écologique organisée chaque semaine par la « casa ». La veille, nous sommes allés au grand marché de La Paz et avons démarché les vendeurs/vendeuses de fruits et légumes pour les convaincre de nous donner les fruits et légumes qu’elles ne pourraient plus vendre et qu’elles allaient jeter. Ca a eu un réel succès, les dames ont tout de suite compris l’intérêt de notre action. Nous sommes repartis avec des sacs remplis de fruits et légumes à cuisiner. Le lendemain, nous avons été une dizaine à couper les fruits et légumes, improviser des salades ou jus plutôt originaux. La bonne ambiance était au rendez-vous, en musique, on s’est tous régalés contre le gaspillage alimentaire ! 🙂

11351245_856082561146517_1654140037009984131_n

Pour en savoir plus sur le mouvement « Disco soupe », c’est ici : http://discosoupe.org/lemouvement/

  • Le « circulo d’Achocalla »

Des acteurs boliviens engagés se sont regroupés pour former le groupe « Circulo Achocalla ». C’est un groupe de réflexion ouvert qui émet des propositions politiques pour atteindre le « Vivir bien » en Bolivie, c’est-à-dire l’objectif exprimé par le Gouvernement actuel, en promouvant des alternatives aux pratiques de l’économie capitaliste.

Ils ont rédigé une petite dizaine de livrets expliquant les dérives du capitalisme et proposant une politique plus engagée. programa10-nro-191-214x300Dans un des livrets intitulé « La madre tierra », le groupe nous fait découvrir l’économie de réciprocité et émet des propositions politiques précises adaptées aux traditions boliviennes pour engager le pays dans une réelle transition. Etant en discussion constante avec le Gouvernement, ils sont de ceux qui croient encore au changement par le haut et à l’impact des politiques publiques sur les pratiques économiques, bien que le changement doive être impulsé à tous les niveaux (public/privé).

Avant toute chose, le groupe nous rappelle que le capitalisme est un système récent qui s’est établit il y a 250 ans en Europe. En revanche les mesures qu’ils préconisent sont basées sur un système de réciprocité dont les fondements ont fait leurs preuves pendant des millénaires. L’économie de réciprocité est une économie basée sur les principes et modes de vie des peuples indigènes, où le partage et les relations humaines priment sur la transaction économique elle-même. Le groupe se base sur une étude scientifique qui montre que le système capitaliste ne rend pas les gens heureux, et apporte une certaine souffrance intérieure. Dans la mesure où le « Vivir bien » est l’objectif final de la politique bolivienne, la recherche du bonheur en est l’élément central.

Bien qu’elles puissent paraître déconnectées de « notre réalité », il nous paraît très intéressant de mettre en avant la vision de ces acteurs du sud, qui, après avoir perçus les limites de notre système, ont décidé de chercher des solutions. Dans un monde où la critique est facile mais les propositions sont rares, la démarche de ce groupe est remarquable. D’une part ils proposent des solutions, et d’autre part ils les mettent à la portée de tous en vendant des livrets de 40 pages à 2 bolivianos, écris dans un langage accessible.

Malgré une forte remise en cause du système capitaliste, le « Circulo Achocalla » se reconnaît dans certaines valeurs et pratiques du système. Ils reconnaissent que la démocratie occidentale s’est développée en même temps que le capitalisme, bien qu’elle soit aujourd’hui menacée par elle-même. L’économie de marché, qui a très bien fonctionnée pendant des années, et le système bancaire en font partie.

Quelles mesures préconisent-ils pour une transition économique ?

  • Convertir les entreprises classiques en entreprises à finalité sociale

Une entreprise, outre ses préoccupations financières, doit avoir pour objectif le « bien commun ».

Toutes les entreprises auraient dorénavant l’obligation de présenter, en plus d’un bilan financier, un bilan de « Vivre bien ». Ce bilan présenterait dans quelle mesure l’entreprise apporte le bien commun. L’Etat impulserait le changement, en ajustant les impôts de l’entreprise en fonction de ce bien commun. Les impôts pourraient atteindre 60% des bénéfices pour les moins engagés, contre 10% des bénéfices pour les entreprises les plus responsables.

  • Eliminer la publicité

La publicité est la roue du système capitaliste, elle nous manipule, il faut donc l’éliminer.

« Elle crée des besoins artificiels, encourage la consommation de produits néfastes pour la santé, ignore la culture amérindienne et met en danger la démocratie puisque la publicité manipule la volonté du peuple »

Il faut remplacer la publicité par l’information, celle qui nous permet de satisfaire nos premières nécessités.

  • Les monnaies locales

Introduire des monnaies locales, c’est impulser la transition.

L’intérêt ?

Permettre que la richesse générée localement ne sorte pas de la région.

Se protéger de la crise économique.

Permettre le renforcement économique des collectivités.

  • Appuyer l’agriculture biologique

A l’initiative du Ministère de l’Agriculture, 3 premières idées seraient à mettre en place.

– Appuyer l’autonomie des semences en créant des banques de graines qui favorisent l’échange de semences traditionnelles

– Développer l’agriculture urbaine

– Favoriser l’accès aux aliments frais et seins en mettant en place des foires et épiceries écologiques dans les villes et villages.

  • Réguler la distribution de l’eau

Augmentation du prix de l’eau de façon exponentielle par rapport à la consommation.

Le 1er mètre cube par personne serait à coup réduit, puis le prix du second augmenterait.. Ceci pour inciter la population à prendre conscience de la valeur de l’eau.

  • Convertir les forces armées en force de « Vivre bien »

Au lieu de défendre militairement notre territoire, défendons l’intégrité de notre terre.

Le service militaire serait remplacé par le service communautaire.

Ca serait l’opportunité d’avoir de la main d’œuvre pour organiser notre transition, défendre les droits de la nature et les droits humains.

  • Légaliser la drogue

Le narco-trafique en Bolivie est omniprésent.

D’une part il entraine une forte violence et il provoque une grande corruption, car le trafique de drogue fabrique des sommes d’argent considérables. D’autre part, l’institutionnalisation de la drogue permettrait de mettre en place un dispositif pour accompagner les personnes dépendantes qui veulent s’en sortir, jusqu’à présent ignorées par la société.

Voilà quelques propositions issues de leur livret « Nosotros y la Madre Tierra ».

Espérons que cela inspire certains d’entre nous! 🙂

BenQ    Corp.

Drapeau représentant l’Etat plurinational Bolivien.

Entre idéologie politique, initiatives privées et propositions radicales, la Bolivie semble avoir de réelles ambitions dans le domaine de la transition économique et écologique du pays. Certes, la réalité des enjeux économiques reste un frein à cette avancée, et le Président Evo Morales ne semble pas toujours jouer la carte du courage, dans un contexte où les ressources naturelles sont le seul moyen de rêver en une Bolivie plus égalitaire.

Bien qu’éloignés, le dilemme bolivien ressemble à celui de l’Equateur.

Nos chefs d’Etats auront-ils le courage de prendre les mesures radicales qui emmèneraient le pays vers LA transition ?

Le coopératisme au Pérou face au libéralisme

Au Pérou, le mouvement de l’économie sociale et solidaire est très éclaté. En effet, aucune loi n’encadre le secteur et le Gouvernement péruvien y est très défavorable. Les rares acteurs qui promeuvent le secteur se reconnaissent dans l’appellation « économie solidaire » qui comprend majoritairement les coopératives et une partie de l’économie informelle.

Le coopératisme représente la culture et les traditions fortes d’Amérique du sud. Au Pérou son évolution est entièrement liée à l’histoire politique du pays. Nous avons décidé de partager cette histoire et quelques initiatives qui reflètent la situation actuelle de l’économie solidaire au Pérou.

Tout d’abord, qu’est ce qu’une coopérative ?

D’après la « loi générale des coopératives » péruvienne, c’est une association de personnes s’unissant volontairement, ayant pour finalité de satisfaire des besoins économiques, sociaux et culturels communs et dont la propriété de l’entreprise est commune et administrée démocratiquement.

Voici les principales différences entre une entreprise classique issue des règles capitalistes, et une coopérative :

Entreprise classique

Coopérative

Propriété appartient à une personne

Propriété commune

Répond à des besoins privés

Répond à des besoins communs

Gestion hiérarchique

Gestion démocratique

Bénéfices octroyés au capital (actionnaires)

Bénéfices attribués à la communauté (associés)

L’histoire du coopératisme et de la politique au Pérou :

On considère que le coopératisme au Pérou a débuté en 1866, lors de la formation de la première coopérative « Confederacion de Artesanos Union Universal ». Les nombreuses réformes qui ont succédé ont favorisé le développement du coopératisme. En 1964, le Gouvernement Fernando Belaunde édifie la loi générale des coopératives et en 1979 le coopératisme est reconnu par la Constitution.

En effet jusque dans les années 1980, le mouvement coopératisme se développe et le régime légal favorise sont expansion. Mais entre 1980 et 1990 la situation économique du Pérou est très critique, les gens vivent dans une extrême pauvreté. Cette situation s’amplifie à l’arrivée d’Alan Garcia, président du Pérou élu en 1985. Pour pallier la crise économique, A. Garcia fait fonctionner la planche à billet et crée une bulle économique, il ruine le pays. En juin 1989, l’inflation monta même jusqu’à 17 000% !

En 1990 Fujimori arrive au pouvoir, il sort de nulle part, personne ne le connaît. Dans un premier temps il décide de mettre de l’ordre dans l’économie du pays et fait appliquer les prix réels. Ce fut un choc, le prix de l’essence fut multiplié par 44, le tube de dentifrice coûtait alors 5€ alors que le salaire minimum était de 18€. Les gens n’avaient plus rien, et à cette époque l’économie solidaire fonctionnait de façon informelle. Les gens organisaient des soupes populaires, des pots pour les frais médicaux, etc. Il a fallu une année pour que les prix se rééquilibrent.

DSC01246

Fujimori est aujourd’hui en prison

Dans le même temps, Fujimori profite de la crise pour lancer des réformes radicales. Il fait tout l’inverse de ce qu’il avait annoncé et lance le marché libre. En 1993 il dissout le conseil et adopte une nouvelle Constitution dans laquelle les mutuelles et les coopératives disparaissent. Il fait remplacer les marchés que détenaient les coopératives par les marchés internationaux. Du jour au lendemain la conjoncture du pays change radicalement, c’est un choc, l’économie devient encore plus informelle. Avec ce système, celui qui n’est pas capable de s’en sortir seul tombe, c’est la montée de l’individualisme.

Les acquis sociaux et les droits de l’homme sont détruits, mais il garde le soutien de la population car petit à petit la situation économique s’arrange, la croissance reprend, et l’arrêt du leader du Sentier Lumineux lui profite car pour la population c’est la fin de la terreur…

Et depuis ?

En 2000 après 10 ans de dictature, Fujimori se retire. Mais aujourd’hui la Constitution qui régit le pays est toujours celle de l’ex-président et tous les Gouvernement qui ont succédé ont continué cette politique libérale. Il y a très peu de place pour d’autres formes d’économie.

D’après le président d’Eda Prospo, le Pérou est un des pays d’Amérique latine à avoir le plus de retard en terme d’économie sociale, c’est le pays le plus libéral d’Amérique du Sud.

edaP

« Le problème c’est que l’économie de marché est soutenu par les législateurs et également par l’opinion public ».

A l’Université San Marco, la meilleure Université publique du Pérou, nous avons pu voir cette tendance forte à l’économie de marché. Dans les années 70, il y avait une filière dédiée au coopératisme. Aujourd’hui cette filière a été supprimée pour être remplacé par des filières qui forment à l’économie libérale. Les étudiants n’ont aucune conscience sociale et sont très individualistes. Quelques professeurs ont créé l’observatoire de l’économie solidaire, mais ils sont très marginaux et le savent, ils n’ont pas d’attentes particulières du Gouvernement car ils savent que c’est « perdu d’avance ».

Aujourd’hui le coopératisme au Pérou est en reconstruction, on en recense 300 sur le territoire, car ce mode d’entreprendre fait partie de la culture péruvienne. Les coopératives regagnent petit à petit la confiance des gens et particulièrement les coopératives de crédit. En réaction, les banques perdent de plus en plus de marché et le Gouvernement en place voit cela comme une menace. Il a donc décidé de mener récemment une campagne ‘anti-coopérative’ en faisant apparaître des slogans dans les journaux tels que « ne faîtes pas confiance aux coopératives, elles vous manipulent ». Mais ce qui donne un peu d’espoir aux acteurs, c’est que l’année dernière un des ministères a été renommé pour faire apparaître la mention de coopératives, c’est aujourd’hui le Ministère des micro-entreprises et des coopératives. Le Président d’Eda Prospo nous disait en riant: « Juste pour la mention ‘et des coopératives’, on a fait la fête ! »

Un exemple de coopérative au Pérou ?

Corry Llacta est une coopérative de production artisanale. Elle a été créée par Marie, une femme du village de Huaycan à 2h de Lima.

DSC01227

L’idée de Marie est venue lors d’un atelier de l’association CENCA pour aider les femmes à entreprendre. Dans son village, beaucoup de personnes n’ont pas d’activité professionnelle, ils mendient ou ils passent leurs journées à attendre et à déprimer. Corry Llacta, c’était d’abord une association où on apprenait à coudre et également à faire de la gravure sur courge. Mais elles se sont aperçu que c’est devenu un lieu d’échange où l’on apporte son savoir faire et permet à chacun de mettre de côté ses problèmes personnels. Et tout ça pour des personnes de 15 à 85 ans, comme quoi il n’est jamais trop tard pour apprendre…

DSC01221Depuis ils ont changés leur statut, d’association ils sont passés en coopérative pour que la production devienne une source de revenu. Ils sont aujourd’hui 18 à travailler et ce sont majoritairement des femmes.

Elles vendent leurs produits sur des foires artisanales à Lima 5 jours dans l’année, et aux foires du village. Mais cela ne leur permet pas de vendre en assez grande quantité pour pouvoir en vivre. Heureusement, il y a un prêtre italien et un français dans le village qui les dévalise chaque été avant de retourner dans leurs pays.

Elles n’ont pas de local, elles travaillent actuellement dans un prêté par les pasteurs. L’association CENCA qui soutient la coopérative est en train de développer la communication de l’entreprise et procéder à la location d’un local pour faciliter l’accès au marché.DSC01258

Lors de notre visite les femmes travaillaient dans la bonne humeur. C’était incroyable de voir le vrai artisanat, il se fait de plus en plus rare au Pérou car les industries copient les modèles traditionnels.

Et l’économie solidaire au sens large dans tout ça ?

grespEn ce qu’il concerne l’économie solidaire nous avons rencontré la GRESP (Groupe du Réseau de l’Économie Solidaire Péruvienne), une association à but non lucratif qui a pour mission de promouvoir et développer le mouvement péruvien de l’économie solidaire.

Grâce à Jesus, le Président de la GRESP, nous avons pu en savoir plus sur la naissance de l’économie solidaire au Pérou. L’économie solidaire est né au Pérou comme en Amérique Latine à partir des initiatives du secteur populaire dans sa lutte pour améliorer ses conditions de vie, en se20150515_173456 basant sur l’entraide et la coopération. Ainsi il y a eu des initiatives de communautés paysannes, des coopératives et mutuelles, des associations de producteurs, commerçants et consommateurs et diverses organisations de femmes (‘comedores populares’, comités ‘del vaso de leche’, banques communales…).

20150515_165149Aujourd’hui la GRESP souhaite avoir une reconnaissance juridique de l’économie solidaire comme son voisin l’Équateur qu’ils envient beaucoup. Selon eux, toutes ces initiatives nécessitent un cadre juridique afin de les promouvoir et de leur donner les ressources nécessaires à leur accroissement. Il est vrai que sans cadre juridique il est assez difficile d’identifier les acteurs appartenant au secteur, le réseau est très éclaté et très marginalisé puisque le Gouvernement nie complètement son existence.

Cependant nous avons pu découvrir quelques pratiques de l’économie solidaire qui n’existent pas en France.

Epargne informelle ? Chacun sa Junta !

La Junta est une pratique d’épargne communautaire informelle. Ce sont des amis ou membres de famille qui se réunissent pour épargner ensemble.

Une personne tient une « Junta » et récupère toutes les semaines une somme bien déterminée de chacun des participants. La première semaine c’est lui qui empoche l’intégralité de la Junta, puis les membres tirent au sort pour savoir quelle semaine ils pourront encaisser l’épargne. C’est un système d’épargne entièrement basé sur la confiance et sans aucun taux d’intérêt.

Un exemple :

S’il y a 16 personnes membres de la Junta, chacune d’entre elles met 50 soles par semaine, ce qui fait 800 soles de capital par semaine. L’organisateur a le numéro 1 et encaisse les 800 soles la première semaine. Les semaines suivantes, c’est le numéro 2 qui reçoit les 800 soles, puis le 3, le 4 etc… et cela pendant 16 semaines.

L’intérêt de cette pratique est de permettre aux gens d’épargner à court terme et obtenir un petit capital afin d’investir. En effet les péruviens sont peu à avoir un compte en banque et ils vivent au jour le jour, ce qui rend l’épargne difficile.

Comme nous disait Humberto, c’est une coutume très forte au Pérou mais personne ne nous en aurait parlé, les gens n’ont pas conscience que c’est une pratique de l’économie solidaire.

« Mais quand tu en parles autour de toi c’est fou, tout le monde a sa Junta »

Les femmes et l’économie solidaire : les comedores.

Une autre pratique informelle traditionnelle au Pérou est ce qu’on comedoresappelle les « Comedores ». Les ‘comedores’ sont des cantines populaires mises en place par des femmes pour soutenir la population en cas de crise. Elles s’organisent notamment énormément lors du phénomène El Niño.

Qu’est ce que le phénomène El Niño ?

El Niño désigne à l’origine un courant côtier saisonnier chaud au large du Pérou et de l’Équateur. Son apparition déplace les zones de précipitations vers l’Est de l’océan Pacifique et empêche la remontée d’eau froide le long de la côte de l’Amérique du Sud. Cela coupe la source de nutriments des poissons et met fin à la saison de pêche.

Pendant cette période les pêcheurs se retrouvent sans ressource et beaucoup ne peuvent plus subvenir à leur besoin. La pratique des ‘comedores’ permet chaque année de nourrir une très grande partie de la population. L’Église soutient également cette pratique solidaire.

L’exemple de Villa el Salvador :

20150521_163823Villa el Salvador est probablement aujourd’hui le bidonville le plus connu du Pérou. Cette « barriada » comptant environ 340 000 habitants tire en effet sa spécificité des caractéristiques de sa fondation en 1973, ainsi que des expériences de gestion populaire qu’elle a connue.

Villa el Salvador se présente dès son origine comme la concrétisation de la ville « modèle » souhaitée par le général Velasco, qui arrive au pouvoir au Pérou en 1968. Ce militaire progressiste transforme l’une des nombreuses « invasions » de la population rurale vers la capitale à une initiative urbaine sans précédents.

Les premiers habitants mettent en place un nouveau modèle de gestion populaire qui s’appuie sur un réseau associatif dense. La CUAVES « Communauté Urbaine Autogérée de Villa El Salvador », apparaît peu après et devient rapidement un symbole de solidarité et de victoire sur la pauvreté.

Villa el Salvador se caractérise tout d’abord par un schéma urbain atypique reposant sur le « groupe résidentiel » ; c’est un groupement de plusieurs pâtés de maisons organisés autour d’un espace central qui rassemble des services collectifs (écoles, centre de santé, terrain de jeu). En cela, la barriada se différencie des autres villes latino-américaines organisées sur le modèle espagnol, qui disposent d’une place centrale unique : la Plaza de Armas. De plus, Villa el Salvador cherche à acquérir une certaine autonomie économique à travers une zone destinée aux activités industrielles et artisanales, le Parc Industriel, ainsi qu’une zone agricole irriguée par le traitement des eaux usagées.

Aujourd’hui le tissu social est fragilisé. La tradition d’action collective et de solidarité qui caractérisait Villa el Salvador s’est trouvée mise à mal principalement en raison de la violence et du clientélisme politique que le pays a subis ces dernières années… La communauté a vu par conséquent le déclin des acteurs politiques traditionnels comme la CUAVES.

20150521_163911Nous nous sommes rendus au centre de communication de Villa, qui concentre une radio « Stereo Villa » que nous avons pu visiter. Là bas un artiste est venu peindre une fresque qui retrace la création de cette ville, avec les différentes pratiques solidaires mises en place et conflits qui ont pu se manifester. Aujourd’hui Villa el Salvador est un endroit qui concentre une grande partie de la population défavorisée de Lima et la solidarité qui y régnait lors de sa création n’est plus qu’un bon souvenir. Le parc industriel lui est toujours en plein essor et reste le lieu de production de meubles le plus important du Pérou.

Une dernière initiative, ou plutôt un personnage… Alan Espinoza :000

Nous avons rencontré Alan, professeur à l’université de San Marco et entrepreneur. Il a créé une entreprise de technologie et forme des jeunes au e-commerce.

Alan est un hyperactif, passionné, et avant tout un génie des nouvelles technologies ! Il a énormément d’imagination et compte bien l’utiliser au profit de l’environnement ou du social.

Des projets ont déjà vu le jour et nombreux sont ceux qui ont attiré l’attention. Il les présente lors de concours mais faute de moyen ces projets ne voient pas souvent le jour.

Deux petits exemples de projets que nous avons particulièrement aimé…

  • L’application « Yocongresista » :

             sans-titre 01          sans-titre 02

Alan a imaginé une application androïde Yocongresista (moi-député), permettant à chacun de prendre la place d’un député en faisant des propositions sérieuses sur une partie du territoire. Cela permet au Gouvernement de géo-localiser les besoins et possibles apports des citoyens. Elle est en ligne mais peu utilisée.

  • L’application « Hero » :

Parmi ses autres idées folles, Alan a imaginé un moyen de sensibiliser les jeunes aux enjeux environnementaux. En suivant les principes de marketing, Alan a créé une application où tu peux devenir un « Héro » !

                   sans-titre 1        sans-titre 4

Un héro, c’est un bénévole qui participe à une action ponctuelle lancée par une association de protection de l’environnement (ramassage de déchets par exemple). A chaque action, le héro comptabilise des points et peut les partager sur les réseaux sociaux (en suivant le principe des jeux fictifs en ligne). Le phénomène de mode pourrait donner envie aux jeunes de devenir également un héro, et de se lancer dans des actions ponctuelles de protection de l’environnement.

Cette entrée en pratique est le meilleure moyen de sensibiliser les jeunes à toutes ces notions d’environnement. De plus, avec les points comptabilisés le héro aurait droit à des réductions sur des produits issus du commerce équitable.

Alors, envie de devenir un héro ?

Le Pérou est un pays où l’histoire est toujours d’actualité : capitalisme et individualisme sont les mots d’ordre. En terme d’économie solidaire il y a tout à faire… Les acteurs impliqués idéalisent beaucoup la situation de leurs voisins Équateur et Brésil. Ils rêveraient de voir la création d’un ministère de l’économie solidaire ou d’un institut mais sont loin de l’attendre vraiment, ils sont réalistes et savent que c’est loin de la politique que mène le Gouvernement.

Lima est une ville très concentrée et incontrôlable où il sera difficile de changer les mentalités et pratiques… Cependant en campagne les gens ont gardé des pratiques solidaires et cultivent de façon naturelle. Les paysans péruviens sont conscients des conséquences des produits chimiques sur leur santé et veulent protéger leurs enfants. Heureusement cette situation en campagne nous laisse un peu d’espoir sur le maintien des traditions sociales et solidaires au Pérou.

FLASH Pérou!

Pendant notre traversé au Pérou, nous avons pu découvrir l’histoire et la culture si particulière de ce pays trois fois plus grand que la France.

Un petit point sur la géographie

groupe résidentiel

Le Pérou est divisé en 3 zones géographiques comme l’Équateur. A l’est, la Selva : immense forêt amazonienne, à l’ouest, la côte pacifique désertique et Lima, et au centre la Sierra : le massif des Andes. Ce pays possède une immensité de paysages magnifiques. Du nord au sud, la richesse naturelle des différentes régions nous a souvent étonnés.

Trente millions de péruviens peuplent ce pays, mais cette population est très inégalement répartie. La quasi-totalité de la population se situe sur la côte et la capitale concentre plus de 10 millions d’habitants, soit 1/3 de la population.

Pourquoi une telle répartition?

Entre les années 1980 et 1992, le « Sentier Lumineux », un parti communiste terroriste qui souhaitait renverser le pouvoir, a semé la terreur au Pérou. Le groupe a d’abord frappé dans la Sierra, où ils lançaient des attaques terroristes et essayaient d’enrôler les paysans. Pour les arrêter, l’armée s’en est mêlée et a envahi la région. Ce fût un bain de sang… Les militaires ne faisaient pas de différence entre les paysans et le sentier lumineux : ils ont massacré des centaines d’innocents.sent

Les habitants de Lima étaient, comme encore aujourd’hui, peu préoccupés par ce qu’il se passait dans la Sierra. Mais un jour le Sentier Lumineux a envahi la capitale, ils ont fait sauter des voitures, pendus des chiens… Cela a duré deux longues années. Finalement le Gouvernement de Fujimori a retrouvé le leader, Abimael Guzman, le 12 septembre 1992.

C’est en raison de ces événements que le Pérou a connu une importante vague de migration à cette période et que Lima concentre aujourd’hui 10 millions d’habitants.

Lima, le chaos !

Lima est une capitale fourmilière qui reflète la forte immigration des années 1990. Les montagnes sont recouvertes d’habitations, la ville déborde et le Gouvernement ne parvient pas à décentraliser.

20150521_150028

La circulation à Lima reflète bien les mentalités et l’ambiance qui y règne. Les voitures ont le pouvoir et tout est fait pour qu’elles le gardent. Dans la ville, les voitures roulent très vite et ne respectent aucune signalisation, les mini bus se font la course et les piétons n’ont pas intérêt à s’imposer. En ce moment sur la côte, deux voies passent à proximité de la mer, et le Gouvernement a pour projet d’en construire une troisième afin d’améliorer le trafic, ce qui ne laisserait plus aucune place aux piétons pour se balader au bord de la plage. Quelques surfeurs manifestent mais rien n’y fait, la population dans l’ensemble y est très favorable.

Au niveau politique Lima détient tout le pouvoir de décision, les autres régions ne sont pas autonomes. A Chiclayo, une ville au nord du Pérou, les gens nous ont expliqué que toutes les décisions et tous les financements passaient par Lima même s’ils concernent d’autres régions. Par exemple, si une ville veut créer une nouvelle université, elle doit avoir l’accord et les financements de la capitale.

Pour pallier ce problème, un comité de décentralisation fût créé. Mais comme nous disait Eugénie : « Ceux qui sont censés décentraliser sont ceux qui ont le pouvoir, ils n’ont donc aucun intérêt à le faire ».

Qu’en est-il de l’environnement ?

Les questions environnementales au Pérou sont à prendre très au sérieux, en effet le Pérou est un des 10 pays les plus vulnérables au changement climatique.

f

Une des principales conséquences du réchauffement climatiques serait la pénurie d’eau potable dans les zones désertiques, car ils dépendent aujourd’hui de la Sierra. D’autre part, l’agriculture serait également un problème et particulièrement concernant les cultures de café qui nécessitent d’être entre 800 et 2 000 mètres d’altitude. Si la chaleur augmente, le risque est que les producteurs de café aillent s’installer dans les forêts protégées situées à plus haute altitude afin de retrouver la fraîcheur et de pouvoir cultiver.

Pourtant à Lima la pollution est à son comble, l’air est irrespirable. Mais aucune mesure n’est envisagée par le Gouvernement pour limiter l’impact environnemental de la population.

Alan nous confiait « Il y a 6 ans le Ministère de l’environnement a été créé, mais on n’en a jamais entendu parler depuis ».

Les mines et le Gouvernement, une grande histoire d’amour !

En ce moment il y a un gros conflit opposant le Gouvernement et les paysans du village de Cocachacra, dans la région d’Aréquipa au sud du Pérou.

Le Gouvernement a récemment conclu des accords avec des sociétés d’exploitation minière pour leur céder 85% du territoire de Tia Maria. Ce territoire est en majorité peuplé par des communautés indigènes qui vivent d’agriculture. Cette décision a donné lieu à des manifestations citoyennes dans la région, réunissant de nombreux paysans menacés de perdre leurs terres, mais ils ont été violemment réprimés par les forces de l’ordre. Le Gouvernement dans sa lignée pro-capitaliste accuse les paysans de ne pas accepter le développement du pays. Dans un journal satirique de Lima, un dessinateur a caricaturé la situation de Tia Maria.

DSC01192

« Nous allons lutter contre ces terroristes anti-mines qui n’acceptent pas le développement »

La population à Lima est dans une dynamique pro-développement, mais un développement à court terme. Il y a beaucoup de racisme à l’encontre de la population indigène, et pour se faire accepter les milliers d’indigènes qui ont immigré à Lima ont fait disparaître tout signe d’appartenance à leur communauté. Les tenues traditionnelles et leur dialecte sont oubliés, ils veulent paraître citadins à tout prix car le racisme est omniprésent. Marielle nous racontait une anecdote de voisinage. Un de ses voisins en faisant une réflexion à un passant à propos de son chien lui dit « Il faut que je te parle quechua pour que tu comprennes ? ». En conséquence, il y a peu de soutien des communautés de Tia Maria.

La politique :

Au Pérou, politique est synonyme de corruption. Ici les représentants volent, on le sait et c’est banalisé. « Puisqu’ils volent tous, on va choisir le moins pire ! » Mais malheureusement les prochaines élections ne donnent pas un grand espoir de changement…

Aux élections présidentielles la manipulation est à son comble. Puisqu’il est obligatoire de voter au Pérou, les candidats font le tour des bidonvilles en organisant des événements telsF qu’une distribution de nourriture par exemple. Et c’est ainsi qu’ils achètent les voix…

sans-titreDe cette manière Alan Garcia, qui avait ruiné le pays en 1985 a pu être réélu. Il a profité de la croissance économique durant son second mandat pour construire des routes et infrastructures, ce qui plait beaucoup aux péruviens et le place en tête pour les prochaines élections où il sera une nouvelle fois candidat. Face à lui, la fille de Fujimori (dictateur dans les années 1990-2000) sera également candidate. Elle cherche à libérer son père qui est aujourd’hui enfermé dans sa « prison dorée » mais a le soutient d’une bonne partie de la population.

Le Pérou n’a pas encore trouvé un président amenant la stabilité et diminuant la corruption comme ce fût le cas pour d’autres pays d’Amérique du Sud comme la Bolivie et l’Équateur. Espérons la stabilité pour les prochaines années…

L’éducation dans tout ça ?

Au Pérou, plus de la moitié de la population a moins de 30 ans. Cependant, la part du budget consacré à l’éducation n’est que de 3% (En France… En Équateur…). L’école est obligatoire dans les textes mais dans les faits beaucoup n’y ont pas accès.

En plus de ça, une des problématiques les plus alarmantes liées à l’éducation est la télévision, le Gouvernement ne régule aucun programme. Des dizaines de programmes télévisés diffusent des jeux télévisés stupides qui mettent en scène des célébrités en maillot de bain. Il est difficile de lutter contre ça, car même au marché ou au restaurant la télé est allumée et ces images défilent en boucle… Des manifestations de péruviens conscients ont été organisées au siège des chaînes qui les diffusent, afin de dénoncer la « télé basura » (télé poubelle) qui pourrait avoir de graves conséquences sur l’éducation des jeunes péruviens.

x

Alors l’éducation au Pérou, c’est le domaine de l’Église.

De nombreuses associations catholiques œuvrent en faveur de l’éducation pour les plus démunis. L’association Tarpusunchis par exemple est une association tenue par les frères et financée par le réseau Lasanien. Elle promeut le développement intégral et durable des classes populaires du pays dans le domaine de l’éducation. Ils ont des écoles gratuites et libres d’accès pour pallier le manque de l’État.

Le pays de la « papa ».

La « papa » ! La patate !

Ici, c’est le pays des pommes de terre, on en répertorie plus de 200 variétés différentes et de toutes les couleurs. Avant, les pommes de terre colorées étaient considérées comme « la nourriture des pauvres », ceux qui habitent dans la sierra. Mais un grand chef péruvien a commencé à en cuisiner et à en faire des plats gourmets. Grâce à lui les gens ont commencé à en manger ce qui a permis de relancer la culture de ces « papas nativas ».

imagesNGGMY1NL

Mais en plus d’en manger et d’en cultiver, les péruviens sont les meilleurs pour les soigner !

En effet le Pérou est le premier pays exportateur d’antidote pour les cultures de pomme de terre. Ils ont de grands laboratoires qui sont la fierté du pays.

Coca Cocaïne !

La coca fait partie des traditions au Pérou, on mâche de la coca pour le mal de l’altitude, le mal de tête, et puis aussi beaucoup par habitude…

Ici on en produit beaucoup parce que ça rapporte ! En effet, la coca se vend très bien car on la mâche, mais surtout parce qu’on la transforme. La cocaïne est partout dans le pays, c’est un marché très important renforçant le secteur de l’économie informelle, qui au total représentante 70% de l’économie du pays.

Grâce à notre rencontre avec Humberto, prêtre depuis 30 ans au Pérou, nous avons pu en savoir plus sur les conséquences de ce marché noir.

« En Colombie, au Pérou, en Bolivie c’est le même problème…

Le problème c’est qu’ils n’arrivent pas à blanchir l’argent des trafics, il y en a trop qui arrive d’un coup. L’économie c‘est comme une personne qui est habitué à manger toujours la même ration, elle ne peut pas avaler le double du jour au lendemain.

Les belles bagnoles dans des quartiers de classe moyenne, on se demande d’où ça vient. Et les restos, il suffit d’avoir quelques notions en économie pour se rendre compte qu’il y a beaucoup d’argent qui vient d’ailleurs. »

Économie sociale, solidaire, populaire… On s’y perd ?

Qu’est ce que l’économie sociale et solidaire ?

On a choisi de faire un flash sur quelques définitions, montrer les similitudes et les différences des  formes d’économies alternatives qu’on découvre tout au long de cette aventure.

Qu’en est-t-il en France ?

Sur notre territoire, la loi a définit les grands principes de l’économie sociale et solidaire, et surtout les acteurs qui incarnent ce concept.

D’après le texte, l’ESS est « un mode d’entreprendre et de développement économique » qui remplie 3 conditions cumulatives :

1° Un but poursuivi autre que le seul partage des bénéfices

2° Une gouvernance démocratique

3° Une gestion conforme à deux principes : les bénéfices sont réinvestis dans l’entreprise pour son maintien et développement, les réserves constituées ne peuvent pas être distribuées.

descarga (3)

Précisément elle désigne les différents acteurs qui en font partis : « ensemble d’entreprises organisées sous forme de coopératives, mutuelles, associations, ou fondations » et les entreprises sociales qui respectent les principes fondamentaux cités au dessus.

Mais de quoi s’agit-il vraiment ?

  • Le terme d’économie « sociale » fait référence à l’approche qui délimite historiquement le secteur en fonction du statut juridique, association, coopérative, mutuelle, fondation, indépendamment de leur objet social et activité.
  • L’économie « solidaire » peut être considérée comme le résultat d’un mouvement plus récent qui délimite le secteur par rapport à la finalité de l’organisation, parfois selon ses activités et sa gouvernance, mais tout cela indépendamment de son statut.

Par exemple, elle est utilisée pour désigner des pratiques très différentes comme le commerce équitable, la finance éthique, le micro crédit, le tourisme solidaire, l’agriculture durable, les régis de quartiers, etc…

Pourquoi s’arrêter sur la terminologie ?

En France,  les termes d’économie sociale et d’économie solidaire s’associent souvent. Comme nous venons de le voir, la différence fondamentale entre les deux est la présence de statuts dans l’économie sociale, alors que l’économie solidaire porte plus sur les pratiques. En Équateur, on traite de l’économie populaire et solidaire. En effet nous pouvons constater que le mot « social » a disparu, et cela n’est pas un hasard. Cela reflète beaucoup le système français, qui est d’ajouter des normes et des statuts automatiquement, contrairement à l’Amérique du Sud où cette notion de statut n’existe pratiquement pas.

Et l’économie populaire et solidaire de l’Équateur, c’est quoi ?

L’équateur fait partie d’un des pays modèles en Amérique du sud en terme de politiques publiques liées à l’économie populaire et solidaire. Dans son article 283, la Constitution équatorienne reconnait un secteur marginalisé pendant des années, ignoré par la loi et la société. Les unités économiques qui le composent étaient considérées comme dédiées « à la solution de petits problèmes ». Aujourd’hui l’EPS contribue fortement à l’activité du pays, elle représente 50% de l’emploi national et 30% du PIB.

Afin de bien comprendre de quoi il s’agit, nous sommes allés visiter l’Institut National Équatorien de l’Économie Populaire et Solidaire à Quito.

L’économie populaire et solidaire désigne les organisations mises en place par les acteurs les plus vulnérables (appartenant à la classe populaire) afin de répondre aux problèmes de subsistance économique et sociale qu’ils rencontrent.

Se sont souvent des micro-initiatives, d’individus et de familles cherchant à produire des biens et services pour leur auto-subsistance, et répondre à leurs besoins de première nécessité (s’alimenter, se loger, se vétir…). Beaucoup sont de petits artisans et commerçants qui vendent leurs biens et services dans les rues ou sur le marché, ou de petits producteurs: les petites et très petites surfaces agricoles (de 1 à 5 ha) fournissent 65% des aliments de base aux populations urbaines en Équateur.

Tout comme la loi française, la loi équatorienne désigne les acteurs qui représentent cette économie. Ce sont :

  • Les entreprises familiales, ménagères ou artisanes
  • Les communautés et partenariats de producteurs
  • Les coopératives : épargne, crédit, service…

En Équateur, les associations de type ONG ne sont pas reconnues dans l’EPS. Il existe bien le qualificatif d’association, mais celles-ci sont différentes de nos associations « loi 1901 ». Ici, une association est un regroupement de 10 personnes minimum qui exerce une activité lucrative. Les excédents sont  répartis équitablement entre tous les membres de l’association, mais ils ne peuvent pas dépasser les 100 000 dollars de chiffre d’affaire par an. Ces associations font parties des « communautés et partenariats ».

En parallèle, l’entrepreneuriat social tel qu’il est entendu en Asie se développe depuis très peu de temps en Équateur. Mais c’est un mouvement infime qui peine à se faire reconnaître car le terme « entreprise » est tabou dans ce secteur : il fait référence à l’individualisme, au libéralisme et à la recherche démesurée de profit. C’est pourquoi les « entreprises sociales » sont également exclues du concept d’économie populaire et solidaire.

Après avoir définit l’économie populaire et solidaire telle qu’on l’entend en Équateur, nous avons choisit de consacrer cette deuxième partie aux initiatives du gouvernement équatorien pour développer le secteur. Avant tout, voilà un petit rappel de  la politique menée par le Président Rafael Correa depuis 2007, et en conséquence l’évolution de la situation socio-économique du pays.

images

A son arrivée au pouvoir en 2007, le Président Rafael Correa a décidé de changer de Constitution. Il a fait écrire une nouvelle Constitution en 2008, qui signale que « le système économique est social et solidaire ». En effet le Président Correa mène une politique visant le renforcement et la protection de l’économie « non capitaliste » afin de développer à terme un modèle différent de celui qui prédomine actuellement. Dans la Constitution il reconnaît notamment l’existence de systèmes financiers populaires comme les caisses d’épargnes, banques communautaires, coopératives.

La Constitution consacre aussi différents articles au développement de la souveraineté alimentaire, mise au compte des petits et moyens producteurs du pays (1/3 de la population active). L’État s’engage à soutenir la  production locale d’aliments par les paysans et à leur rendre accessible les moyens de production.

A son arrivée au pouvoir, Correa a également procédé à une renégociation radicale des rentes pétrolières, ce qui engage les entreprises à établir une nouvelle répartition selon laquelle l’État équatorien reçoit au moins 70%  du total des rentes pétrolières. Il a également renégocié la dette du pays et a procédé à la quasi-éradication de la corruption.

Ces dernières actions ont permises une croissance du budget de l’État entre 2007 et 2008 de 50% (de 10 milliards à 15 milliards de dollars). Cela a permit au Gouvernement d’impulser de nouvelles mesures sociales. Parmi ces mesures, il a doublé le budget pour la santé et a élevé à 40 % le nombre du personnel médical. Il a augmenté de 10 % le contingent des professeurs du primaire et du secondaire, restauré une grande partie de l’infrastructure scolaire et établi le programme des livres et uniformes scolaires gratuits pour tous les élèves du pays.

Ces mesures prises par le Gouvernement Correa depuis 2007 se ressentent énormément lors d’un voyage dans le pays. Les routes et infrastructures sont comparables à celles de la France, la croissance économique a bénéficié à la population qui a vu son niveau de vie augmenter  équitablement. Il y a beaucoup moins de disparités sociales en Équateur qu’en Inde, Thaïlande ou Pérou par exemple. Même au cœur de la capital on retrouve de nombreux magasins issus de l’économie locale, il est clair que la tendance au libéral est présente mais elle n’est pas majoritaire.

De plus, le Gouvernement équatorien a créé en 2011 l’Institut National Équatorien de l’Économie Populaire et Solidaire. Sa mission est de promouvoir le développement local et durable de l’EPS. Ils sont basés à Quito, et mettent en place des initiatives pour appuyer les acteurs.

descarga

Nous avons noté celles qui nous semblent intéressantes, malgré les quelques imperfections de  fonctionnement liés à la jeunesse de l’Institut.

  • Les foires inclusives :

L’institut de l’EPS a lancé une initiative pour promouvoir le secteur et apporter de la visibilité aux acteurs.

En 2014, il a créé la Foire « Somos tus manos Ecuador » (Nous sommes tes mains Équateur), qui regroupe de nombreux petits producteurs et artisans de l’économie multi-sectorielle populaire et solidaire pendant 3 jours.

images

La foire a pour but de promouvoir ce modèle économique, dont font partie de nombreux acteurs, de secteurs très variés comme : l’agriculture, la manufacture, l’artisanat, les services… L’objectif est de mettre en place un espace de commercialisation, non seulement à travers la vente directe, mais aussi par la mise en relation d’acteurs du secteur public et privé, afin d’envisager des accords commerciaux à plus long terme. Ainsi, certains petits acteurs de l’économie populaire et solidaire ont pu signer des contrats avec des ministères, ils sont devenus des fournisseurs de l’État.

Par dessus tout, la finalité est d’apporter de la visibilité au secteur, en montrant  que les produits et services issus de l’économie populaire et solidaire sont de qualité.

L’année dernière pour la première foire, du 29 au 31 août ils ont recensé 120 exposants, avec plus de 25 000 visites et 1 200 000 dollars générés grâce à la vente directe et aux accords commerciaux.

SOMOS-resultados

Parmi les événements mis en place par l’Institut de l’EPS, il y avait notamment la JUVENTUD’ESS (Jeun-ESS), un programme lancé afin d’augmenter la conscience chez les jeunes. Ils abordent les concepts basiques liés à la vision, aux valeurs et aux objectifs de l’EPS, à travers l’utilisation d’outils de communication non conventionnels comme le théâtre populaire. Ce programme promeut l’inclusion économique et sociale des jeunes en montrant des alternatives au modèle économique conventionnel pour le développement du pays. Des pièces de théâtres sont notamment diffusées à la télévision et à la radio.

Bien que le Gouvernement encourage le développement de l’EPS, le secteur rencontre tout de même certaines difficultés.

En Équateur, l’économie populaire et solidaire est perçue comme l’économie des pauvres. La population est beaucoup plus attirée par les produits industriels, considérés comme de meilleure qualité. De ce fait, le marché ne permet pas aux petits producteurs d’augmenter leurs revenus et leur qualité de vie par la vente de leur produit.

Pour remédier à cela, l’Institut a mis en place des standards de fabrication qui crédibilise les produits issus de l’EPS. Mais cela ne suffit pas, ils ont donc décidé de  créer un magasine qui présente tous les produits issus de producteurs de l’EPS et espèrent développer un marché à l’international à partir de cette année.

hilando_el_desarrollo7

Cette tendance à l’exportation est massive en Amérique du sud, les pays considèrent l’exportation comme une solution aux faiblesses du marché sur leur territoire. De nombreuses matières premières comme le café ou le cacao sont exportées systématiquement et la population n’y a même plus accès sur son territoire.

En ce qui concerne l’économie populaire et solidaire, nous voyons cela comme un paradoxe. Cette économie a pour finalité de préserver et promouvoir la culture du pays et les savoirs-faire locaux. Elle cherche également à aller vers une économie post-capitaliste. Le frein principal à l’extension du secteur est la mentalité de la population qui voit cela comme l’économie des pauvres ou un frein au développement du pays, et préfère consommer les produits issus de l’industrie mondiale.

Afin de développer l’économie populaire et solidaire en Équateur, ou dans d’autres pays, il faudrait travailler sur les mentalités de la population et chercher à développer un marché interne. Bien que ça soit un processus très lent, nous pensons qu’il est plus pertinent d’envisager cette solution à long terme plutôt qu’exporter systématiquement ; cela maintient une dépendance nord-sud et a un impact néfaste sur l’environnement.

Outre les initiatives de l’organisme publique IEPS, le Gouvernement Correa a lancé une initiative unique l’année dernière afin d’aller vers l’après capitalisme : l’initiative Flok Society.

 descarga (1)

Qu’est ce que Flok society ?

Le projet Flok Society est issu du plan quinquennal stratégique de Correa appelé « Plan de Bonnes Conditions de Vie ». Le plan envisage des pistes pour quitter le modèle économique de l’Équateur, basé sur l’extraction pétrolière, au profit d’un autre basé sur la connaissance ouverte et partagée.

Le Gouvernement Correa a mis en place un réseau mondial de chercheurs sur la transition. A partir de novembre 2013, des chercheurs du monde entier se sont rassemblés pour proposer des politiques publiques qui amèneraient la transition économique et écologique en Équateur.

Les 198 experts (157 équatoriens et 41 internationaux) ont travaillés sur 14 différents thèmes, qu’ils ont pu mettre en commun lors du sommet du « Buen Conocer » du 27 au 30 mai 2014. L’objectif du sommet était de  promouvoir ce réseau d’échange et d’émettre des propositions claires au Gouvernement.

De ce sommet, des propositions de politiques publiques et des projets pilotes sont apparus. Parmi eux on trouve la mise en place de licences gratuites, la création d’une plateforme commune et des formats d’apprentissages ouverts à tous. Le secteur de l’agriculture a été particulièrement visé avec la proposition de créer  une licence gratuite sur l’utilisation des semences afin de permettre aux communautés d’avoir un accès libre à ce savoir.

descarga (2)

Depuis, les propositions sont entre les mains du Gouvernement qui va choisir de suivre ou non les suggestions des experts issus du projet Flok Society. Le sommet a provoqué un énorme engouement autour du thème de la transition économique et écologique. Bien sûr, très peu de solutions concrètes sont apparues, et on peut s’imaginer que le changement ne viendra pas du jour au lendemain. Cela dit, c’est une initiative inédite qui marque une réelle volonté de la part du gouvernement Correa de réfléchir à l’après pétrole et l’après capitalisme.

En conclusion…

Le Gouvernement Correa a axé sa politique sur le soutien des petits producteurs et la transition économique. Le constat de ses deux premiers mandats sont plutôt encourageants, ils marquent une réelle volonté de mener le pays vers un développement durable et équitable.

Les résultats de sa politique sont déjà visibles en Équateur, Correa a procédé à une réelle transformation du pays, ce qui permet d’être optimiste sur les initiatives récentes qu’il a lancé tel que le projet Flok Society.

En effet le gros point noir de l’Équateur reste son modèle économique qui est basé sur les extractions pétrolières et minières. Le respect de l’environnement est bafoué bien qu’il soit inscrit dans la Constitution. Mais à en croire les différents interviews et initiatives du président, Correa a une réelle vision après pétrole, et semblerait utiliser l’argent du pétrole pour aller vers cette transition. Bien que les résultats de cette transition ne soient pas encore visibles, c’est un pas en avant considérable comparé à la situation de son pays voisin : le Pérou.

Réelle volonté de procéder à cette transition économique ou manipulation du Gouvernement équatorien ? Cette affaire est à suivre…

 

Économie sociale, solidaire, populaire… On s’y perd ?

Qu’est ce que l’économie sociale et solidaire ?

On a choisi de faire un flash sur quelques définitions, montrer les similitudes et les différences des  formes d’économies alternatives qu’on découvre tout au long de cette aventure.

Qu’en est-t-il en France ?

Sur notre territoire, la loi a définit les grands principes de l’économie sociale et solidaire, et surtout les acteurs qui incarnent ce concept.

D’après le texte, l’ESS est « un mode d’entreprendre et de développement économique » qui remplie 3 conditions cumulatives :

1° Un but poursuivi autre que le seul partage des bénéfices

2° Une gouvernance démocratique

3° Une gestion conforme à deux principes : les bénéfices sont réinvestis dans l’entreprise pour son maintien et développement, les réserves constituées ne peuvent pas être distribuées.

descarga (3)

Précisément elle désigne les différents acteurs qui en font partis : « ensemble d’entreprises organisées sous forme de coopératives, mutuelles, associations, ou fondations » et les entreprises sociales qui respectent les principes fondamentaux cités au dessus.

Mais de quoi s’agit-il vraiment ?

  • Le terme d’économie « sociale » fait référence à l’approche qui délimite historiquement le secteur en fonction du statut juridique, association, coopérative, mutuelle, fondation, indépendamment de leur objet social et activité.
  • L’économie « solidaire » peut être considérée comme le résultat d’un mouvement plus récent qui délimite le secteur par rapport à la finalité de l’organisation, parfois selon ses activités et sa gouvernance, mais tout cela indépendamment de son statut.

Par exemple, elle est utilisée pour désigner des pratiques très différentes comme le commerce équitable, la finance éthique, le micro crédit, le tourisme solidaire, l’agriculture durable, les régis de quartiers, etc…

Pourquoi s’arrêter sur la terminologie ?

En France,  les termes d’économie sociale et d’économie solidaire s’associent souvent. Comme nous venons de le voir, la différence fondamentale entre les deux est la présence de statuts dans l’économie sociale, alors que l’économie solidaire porte plus sur les pratiques. En Équateur, on traite de l’économie populaire et solidaire. En effet nous pouvons constater que le mot « social » a disparu, et cela n’est pas un hasard. Cela reflète beaucoup le système français, qui est d’ajouter des normes et des statuts automatiquement, contrairement à l’Amérique du Sud où cette notion de statut n’existe pratiquement pas.

Et l’économie populaire et solidaire de l’Équateur, c’est quoi ?

L’équateur fait partie d’un des pays modèles en Amérique du sud en terme de politiques publiques liées à l’économie populaire et solidaire. Dans son article 283, la Constitution équatorienne reconnait un secteur marginalisé pendant des années, ignoré par la loi et la société. Les unités économiques qui le composent étaient considérées comme dédiées « à la solution de petits problèmes ». Aujourd’hui l’EPS contribue fortement à l’activité du pays, elle représente 50% de l’emploi national et 30% du PIB.

Afin de bien comprendre de quoi il s’agit, nous sommes allés visiter l’Institut National Équatorien de l’Économie Populaire et Solidaire à Quito.

L’économie populaire et solidaire désigne les organisations mises en place par les acteurs les plus vulnérables (appartenant à la classe populaire) afin de répondre aux problèmes de subsistance économique et sociale qu’ils rencontrent.

Se sont souvent des micro-initiatives, d’individus et de familles cherchant à produire des biens et services pour leur auto-subsistance, et répondre à leurs besoins de première nécessité (s’alimenter, se loger, se vétir…). Beaucoup sont de petits artisans et commerçants qui vendent leurs biens et services dans les rues ou sur le marché, ou de petits producteurs: les petites et très petites surfaces agricoles (de 1 à 5 ha) fournissent 65% des aliments de base aux populations urbaines en Équateur.

Tout comme la loi française, la loi équatorienne désigne les acteurs qui représentent cette économie. Ce sont :

  • Les entreprises familiales, ménagères ou artisanes
  • Les communautés et partenariats de producteurs
  • Les coopératives : épargne, crédit, service…

En Équateur, les associations de type ONG ne sont pas reconnues dans l’EPS. Il existe bien le qualificatif d’association, mais celles-ci sont différentes de nos associations « loi 1901 ». Ici, une association est un regroupement de 10 personnes minimum qui exerce une activité lucrative. Les excédents sont  répartis équitablement entre tous les membres de l’association, mais ils ne peuvent pas dépasser les 100 000 dollars de chiffre d’affaire par an. Ces associations font parties des « communautés et partenariats ».

En parallèle, l’entrepreneuriat social tel qu’il est entendu en Asie se développe depuis très peu de temps en Équateur. Mais c’est un mouvement infime qui peine à se faire reconnaître car le terme « entreprise » est tabou dans ce secteur : il fait référence à l’individualisme, au libéralisme et à la recherche démesurée de profit. C’est pourquoi les « entreprises sociales » sont également exclues du concept d’économie populaire et solidaire.

Après avoir définit l’économie populaire et solidaire telle qu’on l’entend en Équateur, nous avons choisit de consacrer cette deuxième partie aux initiatives du gouvernement équatorien pour développer le secteur. Avant tout, voilà un petit rappel de  la politique menée par le Président Rafael Correa depuis 2007, et en conséquence l’évolution de la situation socio-économique du pays.

images

A son arrivée au pouvoir en 2007, le Président Rafael Correa a décidé de changer de Constitution. Il a fait écrire une nouvelle Constitution en 2008, qui signale que « le système économique est social et solidaire ». En effet le Président Correa mène une politique visant le renforcement et la protection de l’économie « non capitaliste » afin de développer à terme un modèle différent de celui qui prédomine actuellement. Dans la Constitution il reconnaît notamment l’existence de systèmes financiers populaires comme les caisses d’épargnes, banques communautaires, coopératives.

La Constitution consacre aussi différents articles au développement de la souveraineté alimentaire, mise au compte des petits et moyens producteurs du pays (1/3 de la population active). L’État s’engage à soutenir la  production locale d’aliments par les paysans et à leur rendre accessible les moyens de production.

A son arrivée au pouvoir, Correa a également procédé à une renégociation radicale des rentes pétrolières, ce qui engage les entreprises à établir une nouvelle répartition selon laquelle l’État équatorien reçoit au moins 70%  du total des rentes pétrolières. Il a également renégocié la dette du pays et a procédé à la quasi-éradication de la corruption.

Ces dernières actions ont permises une croissance du budget de l’État entre 2007 et 2008 de 50% (de 10 milliards à 15 milliards de dollars). Cela a permit au Gouvernement d’impulser de nouvelles mesures sociales. Parmi ces mesures, il a doublé le budget pour la santé et a élevé à 40 % le nombre du personnel médical. Il a augmenté de 10 % le contingent des professeurs du primaire et du secondaire, restauré une grande partie de l’infrastructure scolaire et établi le programme des livres et uniformes scolaires gratuits pour tous les élèves du pays.

Ces mesures prises par le Gouvernement Correa depuis 2007 se ressentent énormément lors d’un voyage dans le pays. Les routes et infrastructures sont comparables à celles de la France, la croissance économique a bénéficié à la population qui a vu son niveau de vie augmenter  équitablement. Il y a beaucoup moins de disparités sociales en Équateur qu’en Inde, Thaïlande ou Pérou par exemple. Même au cœur de la capital on retrouve de nombreux magasins issus de l’économie locale, il est clair que la tendance au libéral est présente mais elle n’est pas majoritaire.

De plus, le Gouvernement équatorien a créé en 2011 l’Institut National Équatorien de l’Économie Populaire et Solidaire. Sa mission est de promouvoir le développement local et durable de l’EPS. Ils sont basés à Quito, et mettent en place des initiatives pour appuyer les acteurs.

descarga

Nous avons noté celles qui nous semblent intéressantes, malgré les quelques imperfections de  fonctionnement liés à la jeunesse de l’Institut.

  • Les foires inclusives :

L’institut de l’EPS a lancé une initiative pour promouvoir le secteur et apporter de la visibilité aux acteurs.

En 2014, il a créé la Foire « Somos tus manos Ecuador » (Nous sommes tes mains Équateur), qui regroupe de nombreux petits producteurs et artisans de l’économie multi-sectorielle populaire et solidaire pendant 3 jours.

images

La foire a pour but de promouvoir ce modèle économique, dont font partie de nombreux acteurs, de secteurs très variés comme : l’agriculture, la manufacture, l’artisanat, les services… L’objectif est de mettre en place un espace de commercialisation, non seulement à travers la vente directe, mais aussi par la mise en relation d’acteurs du secteur public et privé, afin d’envisager des accords commerciaux à plus long terme. Ainsi, certains petits acteurs de l’économie populaire et solidaire ont pu signer des contrats avec des ministères, ils sont devenus des fournisseurs de l’État.

Par dessus tout, la finalité est d’apporter de la visibilité au secteur, en montrant  que les produits et services issus de l’économie populaire et solidaire sont de qualité.

L’année dernière pour la première foire, du 29 au 31 août ils ont recensé 120 exposants, avec plus de 25 000 visites et 1 200 000 dollars générés grâce à la vente directe et aux accords commerciaux.

SOMOS-resultados

Parmi les événements mis en place par l’Institut de l’EPS, il y avait notamment la JUVENTUD’ESS (Jeun-ESS), un programme lancé afin d’augmenter la conscience chez les jeunes. Ils abordent les concepts basiques liés à la vision, aux valeurs et aux objectifs de l’EPS, à travers l’utilisation d’outils de communication non conventionnels comme le théâtre populaire. Ce programme promeut l’inclusion économique et sociale des jeunes en montrant des alternatives au modèle économique conventionnel pour le développement du pays. Des pièces de théâtres sont notamment diffusées à la télévision et à la radio.

Bien que le Gouvernement encourage le développement de l’EPS, le secteur rencontre tout de même certaines difficultés.

En Équateur, l’économie populaire et solidaire est perçue comme l’économie des pauvres. La population est beaucoup plus attirée par les produits industriels, considérés comme de meilleure qualité. De ce fait, le marché ne permet pas aux petits producteurs d’augmenter leurs revenus et leur qualité de vie par la vente de leur produit.

Pour remédier à cela, l’Institut a mis en place des standards de fabrication qui crédibilise les produits issus de l’EPS. Mais cela ne suffit pas, ils ont donc décidé de  créer un magasine qui présente tous les produits issus de producteurs de l’EPS et espèrent développer un marché à l’international à partir de cette année.

hilando_el_desarrollo7

Cette tendance à l’exportation est massive en Amérique du sud, les pays considèrent l’exportation comme une solution aux faiblesses du marché sur leur territoire. De nombreuses matières premières comme le café ou le cacao sont exportées systématiquement et la population n’y a même plus accès sur son territoire.

En ce qui concerne l’économie populaire et solidaire, nous voyons cela comme un paradoxe. Cette économie a pour finalité de préserver et promouvoir la culture du pays et les savoirs-faire locaux. Elle cherche également à aller vers une économie post-capitaliste. Le frein principal à l’extension du secteur est la mentalité de la population qui voit cela comme l’économie des pauvres ou un frein au développement du pays, et préfère consommer les produits issus de l’industrie mondiale.

Afin de développer l’économie populaire et solidaire en Équateur, ou dans d’autres pays, il faudrait travailler sur les mentalités de la population et chercher à développer un marché interne. Bien que ça soit un processus très lent, nous pensons qu’il est plus pertinent d’envisager cette solution à long terme plutôt qu’exporter systématiquement ; cela maintient une dépendance nord-sud et a un impact néfaste sur l’environnement.

Outre les initiatives de l’organisme publique IEPS, le Gouvernement Correa a lancé une initiative unique l’année dernière afin d’aller vers l’après capitalisme : l’initiative Flok Society.

 descarga (1)

Qu’est ce que Flok society ?

Le projet Flok Society est issu du plan quinquennal stratégique de Correa appelé « Plan de Bonnes Conditions de Vie ». Le plan envisage des pistes pour quitter le modèle économique de l’Équateur, basé sur l’extraction pétrolière, au profit d’un autre basé sur la connaissance ouverte et partagée.

Le Gouvernement Correa a mis en place un réseau mondial de chercheurs sur la transition. A partir de novembre 2013, des chercheurs du monde entier se sont rassemblés pour proposer des politiques publiques qui amèneraient la transition économique et écologique en Équateur.

Les 198 experts (157 équatoriens et 41 internationaux) ont travaillés sur 14 différents thèmes, qu’ils ont pu mettre en commun lors du sommet du « Buen Conocer » du 27 au 30 mai 2014. L’objectif du sommet était de  promouvoir ce réseau d’échange et d’émettre des propositions claires au Gouvernement.

De ce sommet, des propositions de politiques publiques et des projets pilotes sont apparus. Parmi eux on trouve la mise en place de licences gratuites, la création d’une plateforme commune et des formats d’apprentissages ouverts à tous. Le secteur de l’agriculture a été particulièrement visé avec la proposition de créer  une licence gratuite sur l’utilisation des semences afin de permettre aux communautés d’avoir un accès libre à ce savoir.

descarga (2)

Depuis, les propositions sont entre les mains du Gouvernement qui va choisir de suivre ou non les suggestions des experts issus du projet Flok Society. Le sommet a provoqué un énorme engouement autour du thème de la transition économique et écologique. Bien sûr, très peu de solutions concrètes sont apparues, et on peut s’imaginer que le changement ne viendra pas du jour au lendemain. Cela dit, c’est une initiative inédite qui marque une réelle volonté de la part du gouvernement Correa de réfléchir à l’après pétrole et l’après capitalisme.

En conclusion…

Le Gouvernement Correa a axé sa politique sur le soutien des petits producteurs et la transition économique. Le constat de ses deux premiers mandats sont plutôt encourageants, ils marquent une réelle volonté de mener le pays vers un développement durable et équitable.

Les résultats de sa politique sont déjà visibles en Équateur, Correa a procédé à une réelle transformation du pays, ce qui permet d’être optimiste sur les initiatives récentes qu’il a lancé tel que le projet Flok Society.

En effet le gros point noir de l’Équateur reste son modèle économique qui est basé sur les extractions pétrolières et minières. Le respect de l’environnement est bafoué bien qu’il soit inscrit dans la Constitution. Mais à en croire les différents interviews et initiatives du président, Correa a une réelle vision après pétrole, et semblerait utiliser l’argent du pétrole pour aller vers cette transition. Bien que les résultats de cette transition ne soient pas encore visibles, c’est un pas en avant considérable comparé à la situation de son pays voisin : le Pérou.

Réelle volonté de procéder à cette transition économique ou manipulation du Gouvernement équatorien ? Cette affaire est à suivre…